« De la survie à l’alchimie » : un livre qui parle au corps autant qu’à l’âme

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Le livre d’Élisa Benslimane

Il y a des livres qu’on lit, et d’autres qu’on traverse. Le livre d’Élisa Benslimane, De la survie à l’alchimie, fait partie de ces œuvres qui ne se contentent pas de transmettre un message : elles engagent un mouvement. Un mouvement intérieur. Une reconnaissance. Une réparation.

Ce qui frappe d’abord, c’est la justesse du ton. Ni plainte, ni démonstration. Mais un tissage subtil entre autobiographie, mise en perspective psychocorporelle, et ouverture symbolique. Élisa écrit avec la rigueur d’une chercheuse, la tendresse d’une sœur, et la puissance d’une femme debout. Elle ne cherche pas à convaincre, mais à témoigner – et cela suffit à ouvrir l’espace.

Le titre annonce la promesse : passer de la survie à l’alchimie. Et cette promesse est tenue, pas dans l’absolu – car personne ne peut garantir à l’autre une formule magique – mais dans l’intégrité du parcours proposé. On n’est pas dans un manuel de développement personnel générique. On est dans un compagnonnage. Chapitre après chapitre, Élisa nous partage les strates de son histoire : l’enfance, la mémoire traumatique, la somatisation, la coupure… puis la lente reconquête du vivant, à travers le souffle, la danse, le toucher, les archétypes, la parole restaurée.

L’un des apports les plus précieux du livre est justement cette articulation entre science et sacré. Neurosciences et pratiques énergétiques dialoguent sans s’opposer, dans une démarche profondément intégrative. L’approche n’est ni ésotérique, ni réductionniste : elle est organique. Chaque outil proposé – exercices, respirations, visualisations – est ancré dans l’expérience, non dans une mode.

Ce livre est aussi un hommage au corps. Non pas le corps performant ou décoratif, mais le corps mémoire, le corps refuge, le corps cicatrice. À une époque où tant de voix parlent encore « sur » le corps féminin, Élisa choisit de parler depuis ce lieu. Et cela change tout. Elle nous invite à retisser ce lien premier, souvent dissocié, entre la chair et le sens. C’est là que l’alchimie commence.

Enfin, De la survie à l’alchimie est un acte politique au sens noble. Il y a dans ce texte une volonté de transmission, de réparation collective, de sororité aussi. Ce n’est pas un livre pour briller en société, c’est un livre pour se retrouver en soi. Pour reconnaître ce qui, en nous, veut guérir sans forcément se montrer.

À celles et ceux qui portent encore en silence les marques du passé, ce livre tend une main. Et cette main ne tremble pas.

Dans ce récit à la première personne, Élisa ne nous impose pas une théorie de plus. Elle nous ouvre la porte de son chemin. Un chemin cabossé, incarné, minutieusement retraversé, pour qu’aucun mot ne sonne faux. À travers les pages, on sent qu’elle a traversé l’épreuve dans son corps, que chaque prise de conscience a été vécue jusqu’au bout, au ras du sol parfois, et que le sens n’a jamais été plaqué après coup.

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